"Moi, je ne donnerais jamais mon chien !" L'histoire de Ori

“Moi, je ne donnerais jamais mon chien.” Cette phrase, vous l’avez déjà entendue ? Vous l’avez peut-être même déjà dite. Et je vous comprends. C’est vrai qu’à première vue, moi non plus ça ne me tenterait pas de me séparer de mon chien. Mais mon chien, justement, m’a été donné. Alors j’ai voulu vous raconter son histoire, pour vous faire réfléchir à l’acte de replacer, ou relocaliser, son chien.

Il y a environ un an, je rencontrais sa première famille en consultation. Et je les ai adorés, sur tous les aspects : toute la famille est sympathique, ils ont fait une tonne de recherches sur les chiens avant de recevoir Ori, ils ont un forfait avec une compagnie de promenade canine que je recommande, et ils ont même pris le service de maternelle avec la promeneuse. À 3 mois, ils ont réussi à mettre le chiot propre et ils ont un système qui limite énormément ses mordillements. Impressionnant, hein ?


Sauf que voilà, Ori fait de la protection de ressources au point où c’en est alarmant : il y a eu des accidents. Et encore là, imaginez-vous : ils ont contacté une éducatrice qualifiée pour le travailler, et aucun des accidents n’a eu lieu avec les enfants de la famille car des mesures de sécurité super strictes sont déjà en place. On est proche de la famille irréprochable, là !


Petite parenthèse. Il faut savoir que pour les éducateurs, il y a 3 voies que nous allons pouvoir vous recommander :

  1. Travailler le problème,

  2. Replacer le chien dans une autre famille,

  3. L’euthanasie. Oui, c’est une option qu’on déteste autant que vous, mais oui c’est une option qu’on n’a parfois pas le choix de recommander.


Un grand nombre de paramètres entreront en jeu dans le choix de notre recommandation :

  • la situation de la famille actuelle : enfants, âges, temps, routine, etc

  • les besoins et le bien-être du chien en question,

  • la situation de la potentielle prochaine famille : s’ils peuvent mieux travailler le problème, ou de façon plus sécuritaire, ou même parfois si leur situation fait que le problème n’existe plus,

  • la sécurité de la famille actuelle et/ou de la future famille

  • la sécurité du public,

  • etc


Revenons donc au cas de Ori. Sa famille voulait initialement travailler la protection de ressources, car ils adoraient leur bébé chien. Mais mon rôle était aussi de leur expliquer que ce travail allait probablement être long, et qu’il faudrait rester sur leurs gardes même lorsqu’on aurait eu des progrès, surtout avec un bébé chien qui évolue en permanence et des enfants à la maison.


Il faut aussi savoir qu’Ori était rendu à un stade où tout le stressait car sa PR avait été déclenchée très souvent (involontairement, ils ne savaient juste pas encore tout ça !) dans les dernières semaines. Il ne dormait jamais complètement, et on ne pouvait plus le toucher sans lui faire peur et le faire réagir.


La famille a donc pris la lourde décision de replacer leur chien, avec mon aide (je ne cherchais pas de 2e chien à ce moment-là et je n’avais aucunement l’intention de le garder, à la base !). Ils ont pris en compte deux facteurs pour cette décision :

  • la sécurité des enfants, qui était assurée par une gestion colossale, mais tout ça générqis beaucoup de stress pour tout le monde !

  • le bien-être du chiot, qui était visiblement dans la peur en permanence.

De mon point de vue, ils ont donc pris la décision la plus responsable possible, et celle que je leur aurais recommandée.


Sauf que voilà, lorsque j’ai annoncé sur les réseaux sociaux que j’allais accueillir provisoirement le petit monstre pour le travailler puis le faire adopter, les réactions ont été… désagréables, on dira. Certes, les gens n’avaient pas tout le contexte, principalement parce que ça ne les regardait pas, mais tout de même. Dans les minutes qui suivaient l’annonce, plusieurs personnes ont exprimé leur mépris et leur mécontentement pour “ceux qui traitent leur chien comme un objet” et “ceux qui ne se renseignent pas et après se débarrassent du chien”. Encore là, je comprends la réaction initiale un peu vive car on voit tellement d’histoires d’horreur qu’on en devient pessimiste. Donc je ne les blâme pas vraiment. J’ai même probablement eu ce genre de réactions par le passé.


Mais j’aimerais par contre amorcer la réflexion à ce sujet : lorsque quelqu’un prend une décision à propos d’un membre de sa famille, humain ou animal, j’aimerais qu’on prenne tous le temps de réfléchir avant de donner notre opinion “à chaud”. On ne sait jamais ce qu’il se passe chez les autres. On ne sait jamais quelle réflexion a été menée pour en arriver à cette décision. Et surtout, on ne sait pas la douleur que c’est pour une famille de relocaliser son compagnon, ou de l’euthanasier, tant qu’on ne l’a pas vécue.


Bon, voici maintenant un exercice collectif pour pratiquer cette nouvelle approche : cette semaine, la première famille d’Ori a accueilli un autre chiot. J’espère ne pas lire de “Ça va faire la même chose voyons !”. J’espère lire des “Félicitations à cette famille pour être passée au travers de cette épreuve difficile, et on leur souhaite le meilleur dans ce nouveau départ !” Car oui, ils ont travaillé beaucoup de points en 1 an. Et ils m’ont consultée à ce sujet lorsqu’ils y réfléchissaient. Et ils ont choisi un éleveur sur ma recommandation. Et surtout, ils n’ont jamais cessé de prendre des nouvelles d’Ori et de me dire comme ils étaient soulagés qu’il soit heureux avec moi, et qu’il ait trouvé un foyer qui convienne à ses besoins.


Au fil des années, j’ai accompagné plusieurs familles dans ces décisions difficiles. Alors j’ai l’avantage de m’être habituée à tourner ma langue avant de parler sur ces sujets. Je vous invite à vous y mettre aussi. Au lieu de dire “En tous cas, moi je ne donnerais jamais mon chien.”, essayez de vous dire “Je ne peux même pas imaginer comme j’aurais de la peine si je devais donner mon chien. Ça doit vraiment être difficile à vivre comme situation !”


Et en attendant, on souhaite tous la bienvenue à Fanny, la soeur-de-coeur de Ori dans sa nouvelle maison !



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